Un peu de douceur dans ce monde de brutes...

Puisque vous avez été plusieurs à réclamer son retour, la revoici la revoilà, l'inusable Yaoli, avec cet autre morceau. Bonne écoute !

 

 

Jeudi 23 novembre 2006 4 23 11 2006 11:57

Voilà maintenant une dizaine de jours que je suis rentré du Fujian, et je n'en ai pas encore dit un seul mot. Honte à moi. J'ai donc passé 5 jours dans cette région du Sud de la Chine, au niveau du détroit de Taïwan (25° dans la journée, voilà qui change singulièrement du froid polaire qui s'est abattu sur Pékin...). Je suis allé y rejoindre Sarah, chercheuse en théâtre chinois, et qui s'intéresse plus particulièrement au théâtre exorciste et aux rites mortuaires dans le théâtre de marionnettes.
Nous voilà donc embarqués au fin fond de la campagne, au milieu de sympathiques Chinois qui parlaient tous dans un dialecte assez amusant, tout en chochotements, quelque chose d'assez proche d'un mauvais doublage de Donald...

Nous avions rendez-vous avec un marionnettiste, qui reprenait le flambeau familial entretenu depuis 5 générations, malgré la Révolution culturelle (pendant laquelle, étrangement, le théâtre de marionnettes n'était pas vu avec particulièrement de bienveillance...), et qui se désolait que ses enfants ne se décident pas à suivre ses pas. Il faut dire que la marionnette ne soulève pas l'enthousiasme des foules, dans les campagnes chinoises. Il faudrait plutôt dire que le rapport des Chinois à la représentation est très différent du nôtre. Pour nous, un spectacle ne prend corps qu'avec le public. Sans public, pas de spectacle. En Chine, c'est plutôt l'inverse: pas besoin de public pour un spectacle. En effet, le théâtre de marionnettes n'a pas pour vocation première d'être vu: il sert avant tout à honorer les dieux. L'important est donc d'effectuer correctement le rite. Qu'il y ait des spectateurs ou non ne change fondamentalement rien. Ainsi, la plupart des représentations sont commandées par des familles, dans le cadre de cérémonies religieuses destinées à honorer leurs ancêtres; mais les membres de la famille qui paient l'ensemble ne sont bien souvent pas présents: encore une fois, là n'est pas l'essentiel.

La première surprise fut donc d'assister à une représentation sans public, devant le temple d'un petit village, et de voir que ça ne faisait ni chaud ni froid aux marionnettistes. Cependant, événement exceptionnel, au bout de quelques heures (oui parce que la moindre représentation, c'est au bas mot 4-5heures, sinon c'est pas drôle...), un public se constitue : les vieilles, deux-trois vieillards, sans doute les rares vieux du coin qui ne sont pas encore morts d'épuisement ou d'un cancer du poumon), ainsi que l'idiot du village, qui s'assemblent là pour occuper leur après-midi. A part ça, tout le monde travaille impertubablement aux champs, malgré le vacarme des pétards et de la musique amplifiée sur des hauts-parleurs qui ont dû connaître leur âge d'or avant même la Révolution culturelle.

Après 7h de représentation, les marionnettistes remballent leur matériel, scène, instruments, marionnettes et autres décors en un coup de vent, et repartent aussitôt pour de nouvelles aventures, nous avec.

Après une interminable séance de thé, accompagnée des traditionnelles tournées de cigarettes - impossibles à refuser, et d'une douceur auprès desquelles nos Gitane Maïs feraient l'effet de cigarettes en chocolat - tout ce petit monde repart vers une deuxième représentation. On charge donc le matériel à l'arrière d'un bon gros camion, la troupe avec - en nous recommandant quand même de baisser la tête en passant devant les commissariats, car les flics n'apprécieraient sans doute pas de retrouver deux blondinets entassés comme des vulgaires clandestins kosovars... Tout bringuebalant, nous voilà donc partis pour une bonne heure de route, entre les nids-de-poule  et les regards ahuris des gens du crus, guère habitués à voir des longs-nez dans cette campagne pas spécialement jolie, qui n'a rien pour attirer le touriste, Vers 18h, on arrive enfin à l'objectif: un temple bouddhiste banal, ni moche ni joli, un peu trop neuf pour avoir du charme, dans un cadre qui pourrait être joli sans les lignes à haute tensions qui passent à travers les collines et les structures en tôle ondulée rajoutées çà et là pour agrandir la surface du monastère.

La suite... demain, si vous êtes sages. Vous aurez droit (tataaam) au récit de 14h de théâtre de marionnettes, avec en prime, des larmes, du riz au chou,  et des fantômes. A demain, si on veut bien!
Allez, juste un avant-goût :
Par Sylvain - Publié dans : Vadrouillages
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Dimanche 19 novembre 2006 7 19 11 2006 14:12

Dans le cadre de mes cours, j'ai fait bosser mes étudiants sur un extrait des Lettres persanes, et après une séance d'analyse littéraire, je leur ai demandé de m'écire, eux aussi, une lettre persane. Plusieurs d'entre eux m'ont, fort logiquement, décrit la Chine depuis un point de vue soi-disant "étranger". Le résultat ne manque pas d'être amusant... et pour vous le prouver, voici une des lettres (et en illustration, pour pas vous fatiguer les yeux, quelques photos du campus) :

Cher papa,

Ca fait donc des siècles qu'on ne s'est pas vus ! ça va ? Vous me manquez, toi, maman, et Tutu le petit chien !

Après cinq heures de vol pour Pékin, douze heures de train pour Wuhan, trois heures de bus pour la ville de Qianjiang, et encore trois heures dans le bus pour la campagne, enfin je suis arrivée à la campagne de cette petite ville de la province du Hubei, au centre de la Chine. Ce long voyage m'a tant dégoûtée que je n'avais pas du tout d'appétit au repas préparé pour les « amis de Paris ».

Cependant, nous ne sommes pas amis, pas du tout. A la première vue, j'ai senti que la vie ici serait bien dure. Les gens ont une peau à la fois jaune et noire, toute ridée comme une noix. C'est le travail qui a gravé tant de rides, j'en suis sûre. Bien qu'ils aient l'air chaleureux, les gens d'ici parlent d'un accent qu?on comprend mal, même s'il y a des sinologues dans notre groupe. Ils parlent comme de la mitraille, ils rient comme des vaches, ils pleurent comme la tonnerre ! Ils ne sont pas du tout cultivés, ils ne savent rien sur les règles les plus simples telles que « après vous ». Où que tu sois, les gens en train de manger une galette, de bavarder, de pisser près du sentier, ils se retournent pour t'observer en disant quelque chose derrière ton dos, comme si tu étais un panda dans un parc zoologique.

Par rapport aux gens, le paysage est acceptable. Avec des champs verts plus ou moins bien divisés pour des plantes différentes, avec le temps doux et humide, avec l'air frais, la vie ici semble confortable, si on ne songe pas à travailler. Voir les gens travailler est choquant pour nous. Ils retroussent leurs pantalons, plongent les pieds dans l'eau du champ, et sèment ou récoltent avec un truc bizarre. Sans aucune machine, leur travail me fait envier les paysans français qui sont trop heureux d'avoir droit à la technologie.

La cuisine hubeinoise est délicieuse, si on n'ajoute pas tant de sel ou tant de piments dans le plat comme s'ils étaient gratuits. La plupart des plats sont des légumes. Et, quand je vois des plats rougeâtres ou jaunâtres, avec des piments dedans, je n'ai pas du tout l'audace d'y toucher. Mais les habitants ils en mangent avec bon appétit, en plongeant tour à tour leurs baguettes dans le plat, y laissant leur salive ! ...

Aller aux toilettes est maintenant une tâche dure pour nous. Les toilettes ne sont en fait que des fossés creusées dans le champ, avec des planches là-dessus pour qu'on puisse placer les pieds. On peut même voir clairement des cirons qui bougent dans les fossés !

Cependant, quand on va au restaurant, les toilettes n'ont pas de grande différence que celle de la France. Et on n'a pas besoin de payer, c'est aux chefs de village (le « Cunzhang »), autrement dit, au gouvernement de payer. Aux frais des contribuables ( dont la plupart sont des paysans), les chefs mangent des mets exquis à table, ils boivent beaucoup, et ils te proposent aussi de boire  et, si tu ne le veux pas, ils penseront que tu n'est pas sympa avec eux ! les gens ont une logique bizarre, je te l'assure. Et, ce sont les chefs qui possèdent la parole, c'est à eux de décider d'aler à droite ou à gauche, et les autres n'ont plus qu'à dire des compliments. Si les petits fonctionnaires déplaisent à leurs supérieurs, ils risqueront d?être démissionnés.

D'utre part, dans la familles, ce sont les hommes qui ont la parole et qui ont le droit de taper aux femmes. Ce qui est curieux, c'st que les femmes sont souvent plus truculentes que les hommes. Elle hurlent dans la rue, avec des mots difficiles à comprendre mais qui pourrait être pris pour de très gros mots. De plus, ce sont les femmes qui ont la bourse. Quand on touche le salaire, on est obligé de le remettre à sa femme, sinon, une guerre conjugale aura lieu. Bref, dans cette campagne, pas d'élégance, pas grand-chose à apprécier.

Bon, je dois partir pour un repas offert encore par les fonctionnaires. Je t?écrirai bientôt.

Un mot de plus : j'ai appris à boire ! avec les ivrognes d'ici, il le faut bien...

Je t'embrasse,

 

 A bientôt pour de nouvelles confitures !

Par Sylvain - Publié dans : Brèves de campus
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Vendredi 17 novembre 2006 5 17 11 2006 16:00

Attention, ça va barder! Suite aux essais nucléaires nord-coréens (dont tout le monde s'accorde pourtant à dire qu'ils furent ratés), le Japon, pas très rassuré par l'agitation de son voisin, vient de réagir. Et attention, quand les Japonais tapent du poing sur la table, ils ne font pas dans la demi-mesure : interdiction d'exporter pierres précieuses, caviar et filet de thon. Finins, les sushis et autres frivolités. Pour un pays où près de la moitié de la population vit de l'aide alimentaire de l'ONU, la pénurie de caviar risque d'être perçue comme un vrai drame. De là à déclarer la guerre au Japon... Des sushis à la bombe H, il n'y a qu'un pas, chacun sait ça!

Par Sylvain - Publié dans : lostinbeijing
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Lundi 13 novembre 2006 1 13 11 2006 13:19

Niveau pubs débiles, les Chinois n'ont rien à envier aux Français, bien au contraire! La preuve par l'image :

On commence assez soft avec cette pub, bien kitsch certes, mais bon, on ne va pas faire la leçon aux Chinois, avec nos pubs Nutella il n'y a pas de quoi pavoiser... Sauf qu'ici il s'agit d'une imitation de McDo; les observateurs perspicaces auront remarqué que le logo MacDo est un simple M jaune, et non Mc. Tout est dans la nuance...

Changeons de style, passons à la pub politique, la propagande quoi, avec cette belle pub pour le don du sang :

Fondamentalement, j'ai rien contre le don du sang. Ce qui m'amuse ici, c'est la façon dont on glorifie ce don, grâce à l'idéologie de la famille, cellule essentielle de la vie sociale des Chinois (sur le sujet, allez donc faire un petit tour sur le blog Retour à Pékin, pour voir la polémique - dans un verre d'eau, rassurez-vous, la french bloggueuse community n'en est pas encore venue aux mains). Ici, donc, l'idéal représenté, c'est les parents (du mari vraisemblablement), la mère, et l'enfant unique, le tout vivant ensemble, comme dans cette bonne vieille "société harmonieuse" qu'Hu Jintao appelle de ses voeux (pieux).

Passons à tout autre chose, attention aux âmes sensibles, accrochez-vous à vos souris, avec cette vitrine d'un magasin (je n'ose dire cabinet de dentiste) de Putian, dans le Fujian :

Vous en voulez encore? Pas de problème. Mais cette fois, on s'attaque au gore. Les Chinois n'ont en effet pas du tout les mêmes tabous que nous, et dès lors, rien que de très naturel pour eux que de placer cette pub dans les chiottes publiques :

Pour les distraits, cette pub vante les mérites (de façon ô combien convaincante) d'une clinique spécialisée dans les maladies de l'intestin et de l'anus...

Voilà, ça c'était pour la touche glamour qui faisait cruellement défaut à ce blog. N'oubliez pas le guide, et à bientôt m'sieurs-dames!

Par Sylvain - Publié dans : En direct du Frigo-Palace
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Vendredi 10 novembre 2006 5 10 11 2006 13:10

Comme je m'en voudrais de vous laisser six jours entiers sans vous distraire un brin, je vous ai laissé cette vidéo. Et comme vous semblez apprécier les vidéos de propagande venues de Corée du Nord, je ne résiste pas au plaisir de vous livrer encore celle-ci. Ca serait risible si la situation en Corée du Nord n'était pas tragique... Allez, je n'en dis pas plus, bonne regardure!

 

Par Sylvain - Publié dans : lostinbeijing
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