lostinbeijing

Mercredi 13 décembre 2006 3 13 /12 /2006 16:34
Un petit parfum de Révolution Culturelle a flotté sur Shenzhen il y a quinze jours, avec cette histoire qui a depuis fait le tour du monde : pour lutter contre la prostitution, la police a fait défiler prostituées et clients, vêtus de jaune fluo, en lisant au micro leurs noms, prénoms, dates de naissance, etc. Rien de tel pour restaurer les valeurs morales du peuple chinois, unique cheval de bataille du régime à présent qu'il n'a plus de communiste que le nom et la police.

On se demande pourquoi Sarko ne reprend pas à son compte cette initiative... Sauf que même en Chine, l'initiative de ces zélés policiers a déclenché une polémique, avant même que l'affaire ne s'ébruite à l'étranger. L'initiative, locale, a rapidement et fermement été désavouée par les autorités centrales. Le ministère de la Sécurité publique a ordonné une enquête sur l'affaire. Utiliser l'humiliation publique comme forme de punition a en effet été interdit par la Cour suprême en 1988.
Alors, pourquoi toute cette affaire? Confronté à une vague de protestation lancée notamment sur internet, le régime n'a pas tardé à condamner la méthode employée. On dirait que, pour une fois, le Parti choisit la méthode douce, pour se racheter une image de vertu, notamment auprès des médias étrangers. Car à force de condamner des militants aveugles (Chen Guangcheng, qui avait dénoncé une campagne de stérilisation forcée dans sa province du Shandong), de condamner à mort des brassées d'innocents, tout ça finit par faire mauvais genre... Surtout, comme souvent, le PCC choisit de manier en même temps carotte et bâton, histoire d'embrouiller tout le monde.


Etre à l'écoute de l'opinion publique sur cette histoire d'humiliation publique, et particulièrement droit dans ses bottes vis-à-vis de Chen Guangcheng, peu importe qu'il y ait là une certaine contradiction. Au contraire : rien de tel pour semer la confusion, et donc maintenir les dissidents non seulement dans la crainte, mais aussi dans l'expectative. Tout comme la politique de censure d'internet : un coup je te verrouille, un coup je déverrouille ton voisin, puis je te reverouille à nouveau, en attendant d'inverser les rôles...
Le jour où on verra clair dans leur petit jeu, c'est peut-être là qu'il faudra commencer à vraiment s'inquiéter...

Par Sylvain - Publié dans : lostinbeijing
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Dimanche 17 décembre 2006 7 17 /12 /2006 04:36

Désireux de quitter un peu la capitale, son bruit et sa pollution, je suis parti en excursion à Cuandixia avec ma pote Emma, dont je vous avais déjà parlé ici. Nous voulions du calme, on n'a pas été déçus! Isolé au fond d'une vallée, Cuandixia est desservi par une unique route fort peu fréquentée. On a cependant eu de la chance : petit village traditionnel Ming à quelque 90 km de Pékin, Cuandixia n'est en effet pas une destination entièrement inconnue de tous. Le village est indiqué dans tous les bons guides, et à Pinguoyuan, tous les chauffeurs de taxis vous sautent dessus pour vous y emmener pour "seulement" 100 yuans.
Mais voilà, c'est l'hiver, et les touristes sont ailleurs ; résultat, nous avions le village pour nous. Au début, c'est un peu flippant d'arriver dans un village où on a décidé de passer la nuit pour apprécier les charmes de la campagne. Et arrivés à 16h, on constate que le village est quasiment désert... Après avoir surmonté un premier mouvement d'angoisse, nous décidons heureusement de rester sur place, et de nous mettre en quête d'un hébergement.
Attention, si vous pensez aller là-bas pour un week-end romantique (ce qui n'étais pas notre cas), changez vos plans, car question hébergement, c'est plutôt rustique. Pas d'hôtel évidemment, mais dans la plupart des maisons, on peut obtenir une place dans un k'ang, les lits traditionnels chauffés, ce qui est très mignon, et très confortable, si on ne fait pas la bêtise de vouloir rajouter du feu pour être encore plus à l'aise : résultat, une nuit passée à rôtir comme des poulets sur ce lit qui avait emmagasiné toute la chaleur... Pour les toilettes, impossible de se tromper : c'est à 2 minutes de marche, il suffit de suivre l'odeur pour trouver les chiottes publiques. Pour le petit pipi en pleine nuit, par -5°, mieux vaut donc prendre ses précautions...

Mais l'ambiance est chaleureuse et calme dans ces maisons à cour carrée complètement préservées, à la fois de la ruine et d'une restauration excessive - contrairement, par exemple, à Pingyao, bien plus rénové. On nous y sert à manger - le meilleur tofu que j'aie jamais mangé, rien que ça - et nous repartons faire un petit tour dans le village et autour, avant que la nuit tombe. une heure après, nous voilà invités à manger par des Chinois dont on se demande un peu ce qu'ils foutent là, et qui insistent absolument pour me faire manger des couilles de taureaux, tout en multipliant clins d'oeil et blagues salaces à l'égard d'Emma...
Le lendemain matin, comme le village est vraiment minuscule, nous sommes partis nous promener dans la montagne. Nul besoin de cartes, les sentiers sont clairement visibles, sans la moindre difficulté, et offrent une vue époustouflante du village encaissé à flanc de montagne.
Alors voilà, si vous voulez vous changer les idées, vous aérer la tête, et en plus pour vraiment pas cher, je ne saurais que vous recommander cette destination. Rien de très spectaculaire, mais c'est le plaisir de la campagne chinoise, où l'on passe le plus clair de son temps à glander avec des inconnus devant des séries historiques à la télé, fumer les clopes infâmes qu'ils vous tendent, et boire du thé pendant des heures... Le bonheur, quoi!

Infos pratiques : pour y aller, il faut commencer à vous rendre à la station de métro Pingguoyuan, terminus ouest de la ligne rouge. De là, quand vous sortez, prenez à droite. Au début, donc, les chauffeurs de taxis qui vous proposent l'aller à 100 yuans par personne. Si vous avez un peu plus de temps, ou moins d'argent, cherchez le bus 929 ? (pas le 929, attention), et attendez-le. En journée, il y en a un à peu près toutes les 1/2 heures (à la louche). Il y en a apparemment 2 par jour qui vous déposent à la porte du village, dont celui qui part à 12h 40. Sinon, pour 7 yuans, il vous emmène à Zhaitang en 2h théorique (qui peuvent se transformer en 3h 30 quand le bus se retrouve coiné dans un embouteillage de camions de charbon...), d'où il faut prendre un taxi (on a payé 15 yuans pour deux, sinon vous pouvez aussi y aller en marchant le long d'une route très calme et très jolie, il y en a pour 5 km et c'est bien indiqué).
Ensuite, à l'entrée du village, réflexe bien chinois, il faut payer le privilège de fouler les vénérables pavés (10-20 yuans par personne). Pour l'hébergement, compter 10 à 15 yuans par personne, et une dizaine de yuans pour un repas. Par contre, attention au retour : le Lonely Planet annonce le dernier bus à Zhaitang à 16h 20, mais en ce moment en tout cas, le dernier est à 15h 20... Voilà, vous savez tout!
Ah non j'allais oublier! Pour les amateurs, le village est recouvert de slogans maoïstes. Malheureusement, ces sagoins-là n'ont même pas été foutus de les traduire en français! Pfff...


Par Sylvain - Publié dans : lostinbeijing
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Mardi 19 décembre 2006 2 19 /12 /2006 15:41
Qu'on me permette de consacrer le post d'aujourd'hui à une séance de lamentation. Aujourd'hui est en effet un jour funeste : je me suis fait voler mon vélo. Enfin, me direz-vous. Eh oui, à partir de maintenant, je rentre dans la norme, car il existe à Beida un dicton disant qu'on n'appartient pas vraiment à Beida tant qu'on ne s'est pas fait chourer son vélo. Ce qui, je trouve, exclut de façon un peu cavalière le directeur, contraint de se trimballer en Audi noire aux vitres teintées, pauvre chou, mais bon. Oui, à Beida, comme à Pékin en général, le vol de vélo est un sport typique, et on ne peut que s'en accomoder.

Cependant, mon pauvre vélo était si beau... Un grand vélo noir, avec juste ce qu'il fallait de rouille pour ne pas attirer l'attention, et que j'avais baptisé "Tonnerre Mécanique", en souvenir d'une voiture à l'âme vagabonde, et pour rendre hommage au bruit de tonnerre qui annonçait mon vélo, provoqué par le frottement de ma pédale contre le carter de protection cassé, un mignon petit grincement qui m'annonçait à 100m à la ronde, très pratique...
Adieu, donc, Tonnerre Mécanique, plus jamais je ne te chevaucherai. A présent tu dois subir les outrages de quelque Pékinois rustaud et malodorant, ou pire encore (mais mes cheveux se dressent sur ma tête à cette simple pensée), tu n'es plus, réduit à l'état de misérable carcasse, simple réservoir de pièces de rechange pour d'autres vélos en bout de course.
Adieu, fier destrier, longtemps je me souviendrai des folles chevauchées que tu m'as offertes dans Pékin embouteillé lorsque, bravant la pollution et les taxis, je filais comme le vent sous les regards ahuris.

Jamais je n'oublierai ces incroyables aventures où toi et moi repoussions les limites de l'extrême, moi Tintin et toi Milou, poussant le coup de pédale dans quelque recoin sordide de la banlieue, où les autochtones n'attendaient qu'un faux pas de ta part pour nous desosser. Mais toujours tu m'as soutenu, et il ne me reste à présent que les yeux pour pleurer ton absence, mon fidèle compagnon.
Plus jamais, parodiant Joe Dassin, je ne pourrai chanter "A Pékin, en vélo, je dépasse les autos, en vélo, à Pékin, je dépasse les crétins".

Car non, mon brave, je ne m'élancerai pas à ta recherche à travers les 9 millions et quelque vélos que compte Pékin. J'ai pourtant vu "Beijing Bicycle" (grâce aux conseils avisés de Camille), où après s'être fait voler son vétété acquis à la sueur de son front, le héros parvient à retrouver son bien. Mais je ne crois pas aux coïncidences : c'est le destin qui, en la personne du voleur, a frappé dans ma vie. Notre vie commune est révolue. Alors tant pis, même si cruelle est la séparation, je ne te traquerai pas, je te laisserai vivre ta vie de vélo, dans quelque hutong, et qui sait, peut-être un jour, nos chemins se recroiseront.
En attendant, adieu mon brave, je vais renouer avec la bonne vieille marche à pied, toujours si agréable quand il fait -10° dehors...
Par Sylvain - Publié dans : lostinbeijing
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Lundi 25 décembre 2006 1 25 /12 /2006 13:35
Déjà Noël, bientôt le Nouvel An et ses traditionnelles résolutions à la con qu'on n'accepte de prendre uniquement à cause de notre état d'ébriété avancé, et que de toute façon on ne respecte jamais. Alors voilà, moi j'ai une proposition de bonne résolution que je soumets aux 16 millions - et des brouettes - de Pékinois, en tout cas ceux d'entre eux qui prennent le métro : ce serait de se mettre enfin à respecter ce panneau :
Ca ça serait une bonne idée ! Et puis en 2008, on pourrait s'attaquer aux files d'attentes, en 2009 aux crachats, etc. Tout un programme ! Mais bon, chacun sait que les résolutions de Nouvel An n'engagent personne...
Par Sylvain - Publié dans : lostinbeijing
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Samedi 6 janvier 2007 6 06 /01 /2007 03:33
    En ce moment, l'ambiance est vraiment à l'expérience Lost in Beijing. Comme vous l'avez constaté sans doute, c'est le silence radio sur ce blog depuis bien trop logtemps déjà. Hé oui, mais c'est pas ma faute, c'est la faute à Internet. Pour ceux qui n'auraient rien suivi, je résume le topo : mardi 26 décembre, un violent tremblement de terre s'est produit au sud de Taïwan, causant 2 morts, et surtout coupant le câble en fibres optiques reliant la Chine contientale au monde extérieur. Blackout complet pendant une bonne journée, impossibilité de se connecter au moindre serveur étranger, notamment les services de messagerie.
    Du coup, paralysie de l'économie, mini-crise boursière, blocage d'un certain nombre de distributeurs automatiques... Bref, une belle pagaille. Depuis, les choses rentrent progressivement dans l'ordre. Mais qui dit progressivement dit très lentement. En effet, pour maintenir une surveillance efficace sur Internet, les autorités chinoises ont décidé de ne relier la Chine au reste du monde que par un nombre limité de liaisons, plus faciles à surveiller: c'est un des éléments du Great Firewall qui verrouille l'information ici. Un système volontairement vulnérable, donc.
    Dès lors, depuis le 26, c'est le système D, avec une bonne partie du trafic qui transite par Singapour, dont les câbles ne sont pas du tout prévus pour supporter autant de connexions. Résultat, il est aujourd'hui presque aussi rapide d'envoyer un mail qu'un pigeon voyageur, ou de confier une missive à un chamelier de la Route de la Soie.
    Aujourd'hui, je profite d'une conjoncture étonnament favorable (je peux me connecter sans trop de difficultés sur overblog) pour vous prévenir. Le retour à la normale ne devrait plus tarder en théorie, mais personne ne sait vraiment quand ça arrivera: demain? La semaine prochaine? Un responsable de Chinna Mobile jure que tout sera revenu à la normale au plus tard d'ici au 15 janvier, mais ça sonne un peu comme une promesse d'ivrogne... Qui sait ce que le sort nous réserve? Ce sera la devinette du moment. En attendant, pas de photos - faut pas trop en demander non plus...
Par Sylvain - Publié dans : lostinbeijing
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