enseigner à Beida

Publié le par Sylvain

  Me voilà donc à Beida, fac la plus prestigieuse de Pékin, ce qui m'attire toujours beaucoup de respect quand je dis que je suis prof là-bas. En fait, Beida, c'est la fac de tous les records en Chine: la plus ancienne, la plus grande BU d'Asie (ça vous en bouche un coin, pas vrai?), mais c'est sans doute surtout le plus beau campus de Chine, avec son lac, ses monuments, ses amoureux, ses saules pleureurs, ses écureuils, et surtout sa porte Ouest, devant laquelle pas un touriste digne de ce nom ne manque de se faire photographier :

Beida, la porte Ouest

  Au sein de cette vénérable institution, je suis payé pour parler français, enfin plus précisément pour faire parler mes étudiants. A 20 par classe maximum, tous dociles comme de bons petits gardes rouges, ça devrait être du velours. Erreur! Car d'un côté, l'étudiant en français est dur à la tâche -comme le garde rouge, oui, le même-, persévérant comme le buffle, et du coup, en 2e année, ils te torchent en 2 séances le passé simple, le plus-que-parfait, et conjuguent tous les verbes les plus improbables aux temps les plus désuets sans l'ombre d'une hésitation. Moi qui rame chaque jour pour commander à manger, je fais piètre figure en comparaison...

  Par contre, quand il s'agit de prendre la parole... silence de mort dans la salle. Ils sont à peu près aussi volubiles qu'un vase Ming; prenant des airs impénétrables, ils se perdent dans des abîmes de réflexion sur leur feuille. J'ai beau les relancer, les cajoler, rien n'y fait: ils ne desserreront les dents que contraints et forcés.

  Du coup, j'ai développé quelques stratagèmes pour ne pas avoir à toujours désigner quelqu'un au pif. Le plus efficace, pour les mettre en confiance, c'est de leur parler de cul. Ils n'ont pas dû y être habitué, parce que dès que je leur raconte les problèmes d'érection de Louis XVI, que je leur parle des maîtresses de Chirac ou même -j'ai osé!- de la Vierge Marie qui se fait cabosser par le Bon Dieu... hé ben étrangement, ils deviennent subitement très coopératifs. A quoi ne suis-je pas réduit...

Publié dans Brèves de campus

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