Tien An Men mon amour

Publié le par Sylvain

 

  Place Tien An Men, aujourd'hui. Un balayeur contemple les passants qui admirent les mascottes des JO de 2008, installées devant le Palais du Peuple. Tout un symbole.

  Les mascottes ont en effet beaucoup de succès, et tout le monde tient à se faire photographier devant; ou plutôt, tous les membres de cette classe moyenne qui profite largement de l'essor économique de la Chine. Pour eux, les J.O., symboles de la puissance économique de la Chine, sont également le symbole de leur propre réussite sociale. Pendant ce temps, le prolétariat en est réduit au rôle du spectateur muet et, en toile de fond, on maintient l'imposture communiste, dans un pays qui n'a plus de communiste que la police...

  Même si cette place est laide, trop grande et inhospitalière, elle me fascine par le raccourci qu'elle offre de l'histoire chinoise. Le fait d'habiter en d'enseigner à Beida n'est d'ailleurs peut-être pas étranger à cette fascination. Beida fut en effet, en 1989, le principal foyer de contestation du régime par les étudiants, avec la fac voisine de Tsinhua. C'est en fait le fruit d'une longue tradition, cette université de l'élite étant de toutes les contestations depuis 1949. Beida en a chèrement payé le prix en juin 1989: dès le début de la répression, l'armée est entrée dans le campus, et n'a pas fait dans la dentelle. Etrangement, je n'arrive pas à obtenir le nombre précis de victimes, si tant est qu'on le connaisse...

  Les temps ont bien changé. Aujourd'hui, tous les étudiants -ou presque- sont adhérents du Parti, et n'y voient d'ailleurs aucun problème: "ça ne coûte rien, et ça n'oblige à rien". "Oui mais, dans ce cas, quel est l'avantage?" "C'est pour la carrière, c'est nécessaire". Ah, ça a le mérite d'être clair.

En fait, le PCC n'impose qu'une seule contrainte aux étudiants: l'interdiction de parler politique en public. Le campus fourmille d'associations, mais les rares syndicats dépendent du PCC. De toute façon, ça ne viendrait à l'idée de personne de parler politique: tout le monde sait que ça ne sert à rien. Ce qui importe vraiment ici, c'est l'iPod, et la carrière dans le business.

C'est triste à dire, mais l'idéal de ces étudiants est passé de la démocratie au business. C'est dire si le Parti a su acheter à peu de frais le calme de ces étudiants autrefois si turbulents... Mais là encore, la trajectoire est assez emblématique d'une classe moyenne passée de la contestation à la consommation.

Publié dans Le Pékinois

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alexis 29/09/2006 09:14

Salut Sylvain !Je te trouve pas si moraliste que ca, même si ca revient un peu à tirer sur une ambulance ...Au risque de paraître trouillard, je te redis par contre de faire gaffe ;)C'est peut-etre parce que j'ai revu La Déchirure et Midnight Express ya pas très longtemps tu me diras ...En tout cas je me régale avec ton blog.a+alex

Roxane 23/09/2006 15:25

Hum hum...Si je puis me permettre, tu causes comme certains journaux communistes que je ne citerai pas mais qui trainent dans mon salon!! Pète un coup Lesage, moi aussi à leur place aux petites chinoises je me sentirais beaucoup plus concernée par les ipod que par la démocratie... J'aime pas quand tu fais ton moraliste...Mais j'aime bien tes photos. Je reviendrai voir ça.Roxane, De Profundis agregationis