la Chine vue par les Chinois

Publié le par Sylvain

Dans le cadre de mes cours, j'ai fait bosser mes étudiants sur un extrait des Lettres persanes, et après une séance d'analyse littéraire, je leur ai demandé de m'écire, eux aussi, une lettre persane. Plusieurs d'entre eux m'ont, fort logiquement, décrit la Chine depuis un point de vue soi-disant "étranger". Le résultat ne manque pas d'être amusant... et pour vous le prouver, voici une des lettres (et en illustration, pour pas vous fatiguer les yeux, quelques photos du campus) :

Cher papa,

Ca fait donc des siècles qu'on ne s'est pas vus ! ça va ? Vous me manquez, toi, maman, et Tutu le petit chien !

Après cinq heures de vol pour Pékin, douze heures de train pour Wuhan, trois heures de bus pour la ville de Qianjiang, et encore trois heures dans le bus pour la campagne, enfin je suis arrivée à la campagne de cette petite ville de la province du Hubei, au centre de la Chine. Ce long voyage m'a tant dégoûtée que je n'avais pas du tout d'appétit au repas préparé pour les « amis de Paris ».

Cependant, nous ne sommes pas amis, pas du tout. A la première vue, j'ai senti que la vie ici serait bien dure. Les gens ont une peau à la fois jaune et noire, toute ridée comme une noix. C'est le travail qui a gravé tant de rides, j'en suis sûre. Bien qu'ils aient l'air chaleureux, les gens d'ici parlent d'un accent qu?on comprend mal, même s'il y a des sinologues dans notre groupe. Ils parlent comme de la mitraille, ils rient comme des vaches, ils pleurent comme la tonnerre ! Ils ne sont pas du tout cultivés, ils ne savent rien sur les règles les plus simples telles que « après vous ». Où que tu sois, les gens en train de manger une galette, de bavarder, de pisser près du sentier, ils se retournent pour t'observer en disant quelque chose derrière ton dos, comme si tu étais un panda dans un parc zoologique.

Par rapport aux gens, le paysage est acceptable. Avec des champs verts plus ou moins bien divisés pour des plantes différentes, avec le temps doux et humide, avec l'air frais, la vie ici semble confortable, si on ne songe pas à travailler. Voir les gens travailler est choquant pour nous. Ils retroussent leurs pantalons, plongent les pieds dans l'eau du champ, et sèment ou récoltent avec un truc bizarre. Sans aucune machine, leur travail me fait envier les paysans français qui sont trop heureux d'avoir droit à la technologie.

La cuisine hubeinoise est délicieuse, si on n'ajoute pas tant de sel ou tant de piments dans le plat comme s'ils étaient gratuits. La plupart des plats sont des légumes. Et, quand je vois des plats rougeâtres ou jaunâtres, avec des piments dedans, je n'ai pas du tout l'audace d'y toucher. Mais les habitants ils en mangent avec bon appétit, en plongeant tour à tour leurs baguettes dans le plat, y laissant leur salive ! ...

Aller aux toilettes est maintenant une tâche dure pour nous. Les toilettes ne sont en fait que des fossés creusées dans le champ, avec des planches là-dessus pour qu'on puisse placer les pieds. On peut même voir clairement des cirons qui bougent dans les fossés !

Cependant, quand on va au restaurant, les toilettes n'ont pas de grande différence que celle de la France. Et on n'a pas besoin de payer, c'est aux chefs de village (le « Cunzhang »), autrement dit, au gouvernement de payer. Aux frais des contribuables ( dont la plupart sont des paysans), les chefs mangent des mets exquis à table, ils boivent beaucoup, et ils te proposent aussi de boire  et, si tu ne le veux pas, ils penseront que tu n'est pas sympa avec eux ! les gens ont une logique bizarre, je te l'assure. Et, ce sont les chefs qui possèdent la parole, c'est à eux de décider d'aler à droite ou à gauche, et les autres n'ont plus qu'à dire des compliments. Si les petits fonctionnaires déplaisent à leurs supérieurs, ils risqueront d?être démissionnés.

D'utre part, dans la familles, ce sont les hommes qui ont la parole et qui ont le droit de taper aux femmes. Ce qui est curieux, c'st que les femmes sont souvent plus truculentes que les hommes. Elle hurlent dans la rue, avec des mots difficiles à comprendre mais qui pourrait être pris pour de très gros mots. De plus, ce sont les femmes qui ont la bourse. Quand on touche le salaire, on est obligé de le remettre à sa femme, sinon, une guerre conjugale aura lieu. Bref, dans cette campagne, pas d'élégance, pas grand-chose à apprécier.

Bon, je dois partir pour un repas offert encore par les fonctionnaires. Je t?écrirai bientôt.

Un mot de plus : j'ai appris à boire ! avec les ivrognes d'ici, il le faut bien...

Je t'embrasse,

 

 A bientôt pour de nouvelles confitures !

Publié dans Brèves de campus

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Marine 29/08/2007 16:50

Hi! C'est mon article...

Guillaume 26/11/2006 06:06

Très bonne idée, les Lettres Persanes, je n'y avais jamais pensé. L'étape suivante serait peut-être de leur demander d'écrire une lettre sur la ville de Pékin, car en tant que Pékinois, tes étudiants peuvent considérer les paysans un peu comme des étrangers. C'est un bon moyen de leur faire acquérir un peu de l'esprit critique dont ils manquent (pour certains d'entre eux) à un point étonnant. Bien, je te pique cette idée dès la semaine prochaine.