Fantômes et narionnettes

Publié le par Sylvain


Voilà maintenant une dizaine de jours que je suis rentré du Fujian, et je n'en ai pas encore dit un seul mot. Honte à moi. J'ai donc passé 5 jours dans cette région du Sud de la Chine, au niveau du détroit de Taïwan (25° dans la journée, voilà qui change singulièrement du froid polaire qui s'est abattu sur Pékin...). Je suis allé y rejoindre Sarah, chercheuse en théâtre chinois, et qui s'intéresse plus particulièrement au théâtre exorciste et aux rites mortuaires dans le théâtre de marionnettes.
Nous voilà donc embarqués au fin fond de la campagne, au milieu de sympathiques Chinois qui parlaient tous dans un dialecte assez amusant, tout en chochotements, quelque chose d'assez proche d'un mauvais doublage de Donald...

Nous avions rendez-vous avec un marionnettiste, qui reprenait le flambeau familial entretenu depuis 5 générations, malgré la Révolution culturelle (pendant laquelle, étrangement, le théâtre de marionnettes n'était pas vu avec particulièrement de bienveillance...), et qui se désolait que ses enfants ne se décident pas à suivre ses pas. Il faut dire que la marionnette ne soulève pas l'enthousiasme des foules, dans les campagnes chinoises. Il faudrait plutôt dire que le rapport des Chinois à la représentation est très différent du nôtre. Pour nous, un spectacle ne prend corps qu'avec le public. Sans public, pas de spectacle. En Chine, c'est plutôt l'inverse: pas besoin de public pour un spectacle. En effet, le théâtre de marionnettes n'a pas pour vocation première d'être vu: il sert avant tout à honorer les dieux. L'important est donc d'effectuer correctement le rite. Qu'il y ait des spectateurs ou non ne change fondamentalement rien. Ainsi, la plupart des représentations sont commandées par des familles, dans le cadre de cérémonies religieuses destinées à honorer leurs ancêtres; mais les membres de la famille qui paient l'ensemble ne sont bien souvent pas présents: encore une fois, là n'est pas l'essentiel.

La première surprise fut donc d'assister à une représentation sans public, devant le temple d'un petit village, et de voir que ça ne faisait ni chaud ni froid aux marionnettistes. Cependant, événement exceptionnel, au bout de quelques heures (oui parce que la moindre représentation, c'est au bas mot 4-5heures, sinon c'est pas drôle...), un public se constitue : les vieilles, deux-trois vieillards, sans doute les rares vieux du coin qui ne sont pas encore morts d'épuisement ou d'un cancer du poumon), ainsi que l'idiot du village, qui s'assemblent là pour occuper leur après-midi. A part ça, tout le monde travaille impertubablement aux champs, malgré le vacarme des pétards et de la musique amplifiée sur des hauts-parleurs qui ont dû connaître leur âge d'or avant même la Révolution culturelle.

Après 7h de représentation, les marionnettistes remballent leur matériel, scène, instruments, marionnettes et autres décors en un coup de vent, et repartent aussitôt pour de nouvelles aventures, nous avec.

Après une interminable séance de thé, accompagnée des traditionnelles tournées de cigarettes - impossibles à refuser, et d'une douceur auprès desquelles nos Gitane Maïs feraient l'effet de cigarettes en chocolat - tout ce petit monde repart vers une deuxième représentation. On charge donc le matériel à l'arrière d'un bon gros camion, la troupe avec - en nous recommandant quand même de baisser la tête en passant devant les commissariats, car les flics n'apprécieraient sans doute pas de retrouver deux blondinets entassés comme des vulgaires clandestins kosovars... Tout bringuebalant, nous voilà donc partis pour une bonne heure de route, entre les nids-de-poule  et les regards ahuris des gens du crus, guère habitués à voir des longs-nez dans cette campagne pas spécialement jolie, qui n'a rien pour attirer le touriste, Vers 18h, on arrive enfin à l'objectif: un temple bouddhiste banal, ni moche ni joli, un peu trop neuf pour avoir du charme, dans un cadre qui pourrait être joli sans les lignes à haute tensions qui passent à travers les collines et les structures en tôle ondulée rajoutées çà et là pour agrandir la surface du monastère.

La suite... demain, si vous êtes sages. Vous aurez droit (tataaam) au récit de 14h de théâtre de marionnettes, avec en prime, des larmes, du riz au chou,  et des fantômes. A demain, si on veut bien!
Allez, juste un avant-goût :

Publié dans Vadrouillages

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Camillenchine 30/11/2006 10:11

au fait, pourquoi le titre c'est "fantômes et narionnettes" ?

Camillenchine 24/11/2006 04:25

waou, c'est génial cette histoire, tu en fais des trucs intéressants toi ! et ils jouent pas dans les tulou alors ? la suite !