Ca sent bon la Révol'cul'

Publié le par Sylvain

Un petit parfum de Révolution Culturelle a flotté sur Shenzhen il y a quinze jours, avec cette histoire qui a depuis fait le tour du monde : pour lutter contre la prostitution, la police a fait défiler prostituées et clients, vêtus de jaune fluo, en lisant au micro leurs noms, prénoms, dates de naissance, etc. Rien de tel pour restaurer les valeurs morales du peuple chinois, unique cheval de bataille du régime à présent qu'il n'a plus de communiste que le nom et la police.

On se demande pourquoi Sarko ne reprend pas à son compte cette initiative... Sauf que même en Chine, l'initiative de ces zélés policiers a déclenché une polémique, avant même que l'affaire ne s'ébruite à l'étranger. L'initiative, locale, a rapidement et fermement été désavouée par les autorités centrales. Le ministère de la Sécurité publique a ordonné une enquête sur l'affaire. Utiliser l'humiliation publique comme forme de punition a en effet été interdit par la Cour suprême en 1988.
Alors, pourquoi toute cette affaire? Confronté à une vague de protestation lancée notamment sur internet, le régime n'a pas tardé à condamner la méthode employée. On dirait que, pour une fois, le Parti choisit la méthode douce, pour se racheter une image de vertu, notamment auprès des médias étrangers. Car à force de condamner des militants aveugles (Chen Guangcheng, qui avait dénoncé une campagne de stérilisation forcée dans sa province du Shandong), de condamner à mort des brassées d'innocents, tout ça finit par faire mauvais genre... Surtout, comme souvent, le PCC choisit de manier en même temps carotte et bâton, histoire d'embrouiller tout le monde.


Etre à l'écoute de l'opinion publique sur cette histoire d'humiliation publique, et particulièrement droit dans ses bottes vis-à-vis de Chen Guangcheng, peu importe qu'il y ait là une certaine contradiction. Au contraire : rien de tel pour semer la confusion, et donc maintenir les dissidents non seulement dans la crainte, mais aussi dans l'expectative. Tout comme la politique de censure d'internet : un coup je te verrouille, un coup je déverrouille ton voisin, puis je te reverouille à nouveau, en attendant d'inverser les rôles...
Le jour où on verra clair dans leur petit jeu, c'est peut-être là qu'il faudra commencer à vraiment s'inquiéter...

Publié dans lostinbeijing

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