Publicité

Mardi 19 décembre 2006
Qu'on me permette de consacrer le post d'aujourd'hui à une séance de lamentation. Aujourd'hui est en effet un jour funeste : je me suis fait voler mon vélo. Enfin, me direz-vous. Eh oui, à partir de maintenant, je rentre dans la norme, car il existe à Beida un dicton disant qu'on n'appartient pas vraiment à Beida tant qu'on ne s'est pas fait chourer son vélo. Ce qui, je trouve, exclut de façon un peu cavalière le directeur, contraint de se trimballer en Audi noire aux vitres teintées, pauvre chou, mais bon. Oui, à Beida, comme à Pékin en général, le vol de vélo est un sport typique, et on ne peut que s'en accomoder.

Cependant, mon pauvre vélo était si beau... Un grand vélo noir, avec juste ce qu'il fallait de rouille pour ne pas attirer l'attention, et que j'avais baptisé "Tonnerre Mécanique", en souvenir d'une voiture à l'âme vagabonde, et pour rendre hommage au bruit de tonnerre qui annonçait mon vélo, provoqué par le frottement de ma pédale contre le carter de protection cassé, un mignon petit grincement qui m'annonçait à 100m à la ronde, très pratique...
Adieu, donc, Tonnerre Mécanique, plus jamais je ne te chevaucherai. A présent tu dois subir les outrages de quelque Pékinois rustaud et malodorant, ou pire encore (mais mes cheveux se dressent sur ma tête à cette simple pensée), tu n'es plus, réduit à l'état de misérable carcasse, simple réservoir de pièces de rechange pour d'autres vélos en bout de course.
Adieu, fier destrier, longtemps je me souviendrai des folles chevauchées que tu m'as offertes dans Pékin embouteillé lorsque, bravant la pollution et les taxis, je filais comme le vent sous les regards ahuris.

Jamais je n'oublierai ces incroyables aventures où toi et moi repoussions les limites de l'extrême, moi Tintin et toi Milou, poussant le coup de pédale dans quelque recoin sordide de la banlieue, où les autochtones n'attendaient qu'un faux pas de ta part pour nous desosser. Mais toujours tu m'as soutenu, et il ne me reste à présent que les yeux pour pleurer ton absence, mon fidèle compagnon.
Plus jamais, parodiant Joe Dassin, je ne pourrai chanter "A Pékin, en vélo, je dépasse les autos, en vélo, à Pékin, je dépasse les crétins".

Car non, mon brave, je ne m'élancerai pas à ta recherche à travers les 9 millions et quelque vélos que compte Pékin. J'ai pourtant vu "Beijing Bicycle" (grâce aux conseils avisés de Camille), où après s'être fait voler son vétété acquis à la sueur de son front, le héros parvient à retrouver son bien. Mais je ne crois pas aux coïncidences : c'est le destin qui, en la personne du voleur, a frappé dans ma vie. Notre vie commune est révolue. Alors tant pis, même si cruelle est la séparation, je ne te traquerai pas, je te laisserai vivre ta vie de vélo, dans quelque hutong, et qui sait, peut-être un jour, nos chemins se recroiseront.
En attendant, adieu mon brave, je vais renouer avec la bonne vieille marche à pied, toujours si agréable quand il fait -10° dehors...
Par Sylvain - Publié dans : lostinbeijing
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus