Le Pékinois

Jeudi 21 septembre 2006 4 21 /09 /2006 17:31

Enfer et damnation! La censure est à mes trousses!

Je pensais naïvement bénéficier, avec ma connexion internet à l'extérieur de la Chine, d'un privilège incroyable, celui d'échapper à la censure chinoise. Ah ah, quelle erreur! Certes, en tant que laowai, je peux me connecter sans problème à n'importe quel site français. Mais étrangement, il y a des sites auxquels je ne peux jamais me connecter. Et puis c'est vraiment pas de chance, parce qu'à chaque fois il s'agit de sites potentiellement gênants pour le pouvoir de Pékin. Il y a des coïncidences, parfois...

Un petit exemple des sites interdits? Allez, pêle-mêle, Wikipedia, Reporters sans frontières, tienanmenvigil.org, boycottpekin2008.org, ou encore le centre d'histoire sur la République Populaire de Chine de Harvard. Et la liste est longue.

Alors, amis internautes, qui jouissez de l'incroyable(vue d'ici) liberté d'aller surfer où bon vous chante, et si vous avez 10 minutes à tuer, allez faire un tour là: "les blogs de la colère".

Et pour me venger de ces empêcheurs de surfer en rond, demain, j'irai pisser sur les infâmes mascottes des J.O. qui trônent sur la place Tien An Men. Je ne sais pas encore ce qui est le plus moche, la place stalino-glaciale, ou les peluches bisounourso-névrotiques... La réponse demain, en images. A demain, si on veut bien!

Par Sylvain - Publié dans : Le Pékinois
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Vendredi 22 septembre 2006 5 22 /09 /2006 18:29

 

  Place Tien An Men, aujourd'hui. Un balayeur contemple les passants qui admirent les mascottes des JO de 2008, installées devant le Palais du Peuple. Tout un symbole.

  Les mascottes ont en effet beaucoup de succès, et tout le monde tient à se faire photographier devant; ou plutôt, tous les membres de cette classe moyenne qui profite largement de l'essor économique de la Chine. Pour eux, les J.O., symboles de la puissance économique de la Chine, sont également le symbole de leur propre réussite sociale. Pendant ce temps, le prolétariat en est réduit au rôle du spectateur muet et, en toile de fond, on maintient l'imposture communiste, dans un pays qui n'a plus de communiste que la police...

  Même si cette place est laide, trop grande et inhospitalière, elle me fascine par le raccourci qu'elle offre de l'histoire chinoise. Le fait d'habiter en d'enseigner à Beida n'est d'ailleurs peut-être pas étranger à cette fascination. Beida fut en effet, en 1989, le principal foyer de contestation du régime par les étudiants, avec la fac voisine de Tsinhua. C'est en fait le fruit d'une longue tradition, cette université de l'élite étant de toutes les contestations depuis 1949. Beida en a chèrement payé le prix en juin 1989: dès le début de la répression, l'armée est entrée dans le campus, et n'a pas fait dans la dentelle. Etrangement, je n'arrive pas à obtenir le nombre précis de victimes, si tant est qu'on le connaisse...

  Les temps ont bien changé. Aujourd'hui, tous les étudiants -ou presque- sont adhérents du Parti, et n'y voient d'ailleurs aucun problème: "ça ne coûte rien, et ça n'oblige à rien". "Oui mais, dans ce cas, quel est l'avantage?" "C'est pour la carrière, c'est nécessaire". Ah, ça a le mérite d'être clair.

En fait, le PCC n'impose qu'une seule contrainte aux étudiants: l'interdiction de parler politique en public. Le campus fourmille d'associations, mais les rares syndicats dépendent du PCC. De toute façon, ça ne viendrait à l'idée de personne de parler politique: tout le monde sait que ça ne sert à rien. Ce qui importe vraiment ici, c'est l'iPod, et la carrière dans le business.

C'est triste à dire, mais l'idéal de ces étudiants est passé de la démocratie au business. C'est dire si le Parti a su acheter à peu de frais le calme de ces étudiants autrefois si turbulents... Mais là encore, la trajectoire est assez emblématique d'une classe moyenne passée de la contestation à la consommation.

Par Sylvain - Publié dans : Le Pékinois
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Lundi 27 novembre 2006 1 27 /11 /2006 02:06
Qu'est-ce qu'il ne faut pas lire parfois !
Sur le site du Monde, je suis tombé récemment sur cette chronique au titre surprenant : "Quand la Chine a besoin de socialisme". Venant du chroniqueur économique d'un quotidien pourtant pas spécialement partisan de la collectivisation économique, cette affirmation a de quoi rendre perplexe.

Tout s'éclaire à la lecture de l'article. Enfin, presque. Disons, pour faire bref, que cet article est un condensé assez intéressant de la relation de fascination-peur que peuvent entretenir beaucoup d'Européens avec la Chine.
Fascination économique devant la puissance de ce nouveau dragon, les taux de croissance faramineux, les perspectives d'argent facile. Mais effroi cependant devant les dégâts que pourrait provoquer le rythme même de cette croissance, les perspectives d'emballement de l'économie chinoise qui, à terme, plongerait la planète dans le chaos. Cette relation ambiguë de fascination-répulsion/peur est, sous une forme ou une autre, une composante importante du regard que nous autres braves Européens portons sur la Chine - du moins est-ce mon avis.
Mais cet article me semble tout aussi fascinant par les âneries qu'il débite. Le plus drôle étant, à mon avis, sa définition du socialisme. Le socialisme, selon cet aimable chroniqueur, serait, en somme, plus d'argent investi dans les retraites, et dans les systèmes de protection sociale en général. Un investissement qui offrirait l'avantage d'être une soupape de sécurité à la marmite capitaliste.

Je pense qu'à l'heure actuelle, certains théoriciens du socialisme doivent se retourner dans leur tombe... Le plus amusant est que, finalement, cette définition n'est pas très éloignée du communisme à la chinoise: juste un système de prélèvement et de redistribution minimale qui permettent de limiter a minima les excès du libéralisme économique, et permettent de faire baisser la tension sociale... Le pouvoir communiste est tout à fait conscient du danger d'explosion sociale, ajoutez à cela une dose de moralisme, et on obtient la propagande que le Quotidien du Peuple serine à longueur de pages: la Chine gagne trop d'argent, les Chinois ne consomment pas assez, il faut généraliser une couverture sociale. Faut-il en conclure que Le Monde se met à écrire comme l'agence officielle Chine Nouvelle?..
Par Sylvain - Publié dans : Le Pékinois
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